Affaire Siffon : quand la morale publique s’effondre sous le poids de l’hypocrisie

Il y a des silences qui salissent davantage que les scandales eux-mêmes. L’affaire impliquant le ministre Siffon choque l’opinion non seulement par les faits rapportés, mais surtout par l’indécence morale qu’elle révèle : après avoir laissé la Young Team être clouée au pilori, présentée comme une bande de voleurs d’hôtel, voilà que celui qui incarnait l’autorité se retrouve à agir de la même manière, voire pire.

La République ne peut se permettre ce genre de duplicité. Lorsque la Young Team a été livrée à la vindicte populaire, aucun bénéfice du doute ne lui a été accordé. Les condamnations ont été rapides, brutales, parfois méprisantes. Le discours officiel, relayé avec zèle, voulait faire de ces jeunes l’illustration d’une déviance morale à combattre. Or aujourd’hui, les faits reprochés au ministre Siffon jettent une lumière crue sur une réalité bien plus dérangeante : ceux qui pointaient du doigt n’étaient peut-être pas les plus indignes.

Ce qui indigne profondément, ce n’est pas seulement l’acte en lui-même, mais la posture. Comment peut-on accepter qu’un membre du gouvernement, dépositaire de l’exemplarité publique, se permette ce que l’on reprochait hier avec violence à des jeunes citoyens ? En agissant ainsi, Siffon ne trahit pas seulement une confiance : il ridiculise l’autorité morale de l’État et renforce l’idée d’une justice à deux vitesses.

Pire encore, cette affaire donne le sentiment d’un mépris assumé pour l’opinion publique. Là où la Young Team a été exposée, stigmatisée et durablement marquée, le ministre semble bénéficier d’un confort institutionnel qui anesthésie l’indignation officielle. Ce deux poids, deux mesures alimente la colère, surtout dans un contexte national où l’on appelle sans cesse à la rigueur, à la discipline et au respect des valeurs républicaines.

Le Gabon ne peut plus tolérer cette incohérence morale. L’exigence d’exemplarité doit commencer par le sommet. À défaut, les discours sur la probité et la refondation sonneront creux. L’affaire Siffon n’est donc pas un simple fait divers : elle est un test. Un test de crédibilité pour les institutions, et un rappel brutal que l’indignation sélective est, en elle-même, une forme d’injustice.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *