Les antennes du SAMU social Gabon d’Oyem, de Minvoul et de Jeune ont fermé leurs portes. Le message affiché est sans détour : situations administratives non régularisées, mépris des agents, absence de médicaments, salaires impayés. Une alerte brute, venue du terrain, qui tranche violemment avec les discours officiels lissés et les bilans comptables triomphalistes présentés à Libreville. Ici, ce ne sont pas des tableaux Excel qui parlent, mais des structures à l’arrêt et des populations laissées sans secours.
Au cœur de la controverse, le Dr Yaba, accusé par les agents de gouverner le SAMU social à coups de chiffres abstraits, déconnectés des réalités opérationnelles. Pendant que l’on annonce des performances et des statistiques flatteuses, les équipes dénoncent le mépris, l’irrégularité administrative et l’absence de moyens essentiels. La communication semble avoir pris le pas sur la gestion : on compte, on annonce, on projette mais on n’équipe pas, on ne paie pas, on ne soigne pas.
Cette crise met en lumière un mal plus profond : la tentation de gouverner la santé sociale par le storytelling plutôt que par l’action. Des chiffres « imaginaires » ,parce qu’ils ne se traduisent pas en médicaments, en salaires versés, en antennes ouvertes, finissent par devenir un écran de fumée. Or, la santé sociale ne se mesure pas à la puissance des slides, mais à la continuité du service, au respect des agents et à la protection effective des plus vulnérables.
Il est temps d’une remise à plat sérieuse. Le SAMU social n’a pas besoin d’auto-satisfaction chiffrée ; il a besoin de décisions courageuses, d’une gestion rigoureuse et d’un retour immédiat au terrain. Tant que la priorité restera l’affichage plutôt que l’impact réel, ce sont les populations du Nord qui paieront le prix et les agents, déjà à bout, qui continueront de crier : trop, c’est trop.

