La récente prise de parole du Dr Stéphane Germain Iloko Boussengui, ancien candidat à l’élection présidentielle et Conseiller de la République au Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), marque un tournant dans le débat public autour du fonctionnement du SAMU Social gabonais. Loin d’une querelle de personnes, l’ancien Inspecteur général de la Santé a tenu à recentrer la discussion sur ce qu’il considère comme l’essentiel : un problème de système, de gouvernance publique et de respect des règles de la République.
D’emblée, le Dr Iloko Boussengui a tenu à dissiper toute confusion entretenue dans l’espace public. Le débat ne saurait, selon lui, être réduit à une opposition entre deux fonctionnaires de l’État : d’un côté, un médecin, ancien Inspecteur général de la Santé et ancien candidat à la présidentielle ; de l’autre, Dr Yaba Wenceslas, ancien Conseiller à la Présidence de la République et Coordonnateur du SAMU Social, par ailleurs épidémiologiste. Cette précision n’est pas anodine : elle vise à rappeler que les rôles, les compétences et les responsabilités dans l’appareil d’État sont distincts et complémentaires, mais non interchangeables.
Sur le fond, l’ancien candidat à la magistrature suprême rappelle avec rigueur les différences structurelles entre les métiers. Le médecin soigne, pose l’acte médical et engage sa responsabilité professionnelle ; l’épidémiologiste analyse et interprète les données sanitaires pour éclairer la décision publique ; le conseiller du Président oriente la décision politique ; l’inspecteur contrôle et veille à l’application des décisions. À ses yeux, la confusion actuelle des rôles constitue une dérive grave, héritée d’un système ancien, où l’opacité et l’instrumentalisation de l’opinion publique ont trop souvent pris le pas sur la bonne gouvernance.
Le cœur de son intervention repose sur une alerte forte : ce qui se fait aujourd’hui dans un domaine aussi sensible que la santé des Gabonais est, selon lui, intolérable. Le Dr Iloko Boussengui affirme parler avec une motivation constante et assumée : soigner correctement les malades et préserver un système de santé déjà fragilisé. Il reconnaît l’existence d’enjeux importants et l’angoisse légitime de certains compatriotes, mais estime que rien ne peut justifier la mise en péril de l’intérêt général ni l’affaiblissement de l’hôpital public.
L’analyse devient plus incisive lorsqu’il évoque la réalité opérationnelle du SAMU Social. Lorsque qu’une structure consulte près de 3 000 patients par jour, dispose d’un scanner, de couveuses, d’équipements de radiographie et d’ophtalmologie, d’un laboratoire d’analyses, de lits d’hospitalisation, de salles d’accouchement, d’un bloc opératoire et d’ambulances médicalisées, la question se pose avec acuité : ne s’agit-il pas, de fait, d’une structure hospitalière parallèle concurrençant frontalement l’hôpital public ? Cette réalité, selon lui, contredit les discours officiels qui présentent le SAMU Social comme un simple dispositif d’appui.
Le Dr Iloko Boussengui pointe alors plusieurs dysfonctionnements majeurs : l’absence persistante de texte juridique fondateur clair depuis la création du SAMU Social en 2017, une organisation administrative défaillante, une main-d’œuvre partiellement non conforme à la législation, et surtout des activités qui ne correspondent pas à sa raison sociale. Il rappelle avec fermeté que le SAMU Social signifie Service d’Aide Mobile d’Urgence Sociale et non Service d’Assistance Médicale d’Urgence, relevant ainsi du champ des Affaires sociales et non de celui de la Santé. La confusion entretenue serait, selon lui, grave et préjudiciable à l’État.
Face à ce constat, l’ancien Inspecteur général de la Santé formule une série de propositions structurantes : audit rigoureux et public du système de santé, recentrage strict du SAMU Social sur ses missions sociales, mise en place d’un système national intégré de transport médicalisé, refonte de la carte sanitaire, définition d’un paquet minimum d’activités par structure de soins, effectivité des gardes, réforme de la politique du médicament et renforcement de la gratuité pour les populations économiquement faibles. Dans ce schéma, le SAMU Social devrait se limiter à trois leviers essentiels : la prise en charge de la détresse sociale, la réinsertion sociale et l’orientation des personnes vulnérables vers des structures de soins adaptées.
En filigrane, l’appel est clair et solennel. Le Président de la République, garant de la santé des Gabonaises et des Gabonais, est interpellé sur l’urgence d’agir. « Dans un État normal, c’est l’État qui soigne, et non une structure, quelle qu’elle soit », martèle le Dr Iloko Boussengui, pour qui l’imposture ne peut plus être tolérée. À l’heure où le Gabon revendique l’entrée dans la Ve République, cette prise de parole sonne comme un appel à la restauration de l’ordre républicain dans la gouvernance sanitaire, loin des postures et résolument tourné vers l’intérêt général.

