Lalala : quand un conflit foncier pose la question de l’égalité devant la loi

Je ne suis ni juriste, ni magistrat, encore moins spécialiste du foncier. Je suis simplement un citoyen lambda qui observe ce qui se passe autour de lui et qui se pose des questions.

À Libreville, dans le quartier Lalala, un conflit foncier qui durait depuis plusieurs mois vient de prendre une nouvelle dimension.

Le 9 septembre, la succession de feue Ayo Adibet Marie Louise a rendu publique une déclaration dans laquelle elle dénonce plusieurs faits liés à une parcelle familiale et met en cause une magistrate, Carmela Adiatoulai Beyo, procureur au Tribunal de Libreville.

Une accusation aussi sérieuse mérite-t-elle d’être ignorée ? Évidemment que non. Mais elle mérite surtout d’être examinée avec rigueur, dans le respect des procédures et de la présomption d’innocence.

Que s’est-il réellement passé ?

D’après le récit livré par la succession, le terrain concerné appartient à la succession de feue Hélène Beto Be Sole. Il serait occupé depuis plusieurs années par les descendants de sa fille aînée, Ayo Adibet Marie Louise.

Le différend aurait commencé à prendre une tournure plus tendue le 11 août.

La famille affirme qu’un portail installé sur la parcelle aurait été détruit afin de permettre l’entrée et le dépôt de matériel. Deux personnes présentes sur les lieux auraient ensuite été privées de liberté : un membre de la famille, Igueza Adibet Jean Marie, pendant plusieurs heures, et un employé présenté sous le nom de Kayou, durant plusieurs jours.

Ce sont des faits graves.

Mais justement : qui les a constatés ? Dans quelles circonstances ? Qui en porte la responsabilité ?

C’est à la justice de répondre.

Quelques jours plus tard, dans la nuit du 14 au 15 août, de nouvelles personnes auraient pénétré sur la parcelle pour y effectuer des travaux. La succession affirme qu’elles se seraient présentées comme des employés de la magistrate mise en cause.

Le 16 août, une plainte aurait alors été déposée auprès du procureur de la République près le Tribunal de première instance de Libreville.

La famille affirme également avoir saisi les instances compétentes de la magistrature, notamment le secrétariat permanent de la magistrature et le Conseil supérieur de la magistrature.

Puis survient un nouvel épisode

Le 8 septembre, selon la succession, une grue aurait été utilisée afin d’introduire un conteneur sur la parcelle litigieuse. Le mur bordant le terrain aurait été endommagé au cours de l’opération.

Là encore, ce sont les autorités compétentes qui devront établir les faits.

La famille affirme disposer de photographies, de témoignages et de constats pouvant être transmis aux enquêteurs.

Alors, une question se pose : qu’attend-on pour que toute la lumière soit faite ?

Parce qu’un conflit foncier peut opposer deux familles. Il peut même donner lieu à des interprétations différentes des droits de chacun.

Mais lorsqu’une personne exerçant une fonction judiciaire est directement mise en cause, la question devient forcément plus sensible.

Magistrat : une fonction comme les autres ?

Je me pose cette question en tant que citoyen.

La justice doit être la même pour tout le monde. Pour le citoyen ordinaire comme pour celui qui exerce une haute fonction.

Si les accusations sont infondées, qu’elles soient établies comme telles.

Si des infractions ont été commises, que les responsabilités soient également établies.

Mais dans les deux cas, il faut une procédure transparente, contradictoire et conforme à la loi.

La succession évoque également, avec beaucoup de prudence, la présence supposée de la magistrate parmi les magistrats ayant comparu devant le Conseil de discipline lors de sa dernière session.

Sur ce point, impossible pour un citoyen lambda de tirer des conclusions. Une information rapportée n’est pas une preuve. Il appartient donc aux autorités compétentes de vérifier ce qu’il en est réellement.

Au fond, que demande cette famille ?

Pas de justice populaire.

Pas de confrontation.

Pas de condamnation médiatique.

Elle demande que les faits soient vérifiés, que les responsabilités éventuelles soient établies et que les droits qu’elle estime détenir sur cette parcelle soient protégés.

Et surtout, elle pose une question qui concerne chacun de nous :

Devant la loi, sommes-nous réellement tous égaux ?

C’est peut-être là que se trouve le véritable enjeu de cette affaire.

Parce que demain, ce ne sera peut-être plus une famille de Lalala qui se retrouvera confrontée à un conflit foncier.

Ce sera peut-être nous.

Et lorsque cela arrivera, nous voudrons tous pouvoir compter sur une justice capable d’entendre chacun, sans regarder son nom, sa fonction ou son influence.

Pour l’instant, je ne sais pas qui a raison.

Je ne sais pas non plus qui a tort.

Et justement, c’est pour cela qu’une enquête sérieuse est nécessaire.

Laissons donc la justice faire son travail.

Mais faisons en sorte qu’elle le fasse jusqu’au bout.

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