LE CITOYEN LAMBDA | TRIBUNE
La récente polémique autour de l’affaire des biens mal acquis mérite que l’on rappelle certains faits historiques. Car avant d’attribuer des responsabilités au président Brice Clotaire Oligui Nguema, encore faut-il comprendre quand cette affaire a commencé, qui en est à l’origine et quelles décisions ont été prises avant son accession au pouvoir.
Revenons aux faits !
En 2007, une procédure judiciaire est engagée en France concernant les patrimoines de plusieurs dirigeants africains, dont Omar Bongo Ondimba, ainsi que ceux de certains membres de leur entourage.
En janvier 2011, sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba, l’État gabonais décide de se constituer partie civile dans cette affaire.
Autrement dit, alors qu’Ali Bongo dirigeait le Gabon, l’État avait déjà entrepris une démarche judiciaire pour faire valoir ses intérêts dans une procédure concernant notamment le patrimoine de son propre père.
Cette information n’est pas une invention. Elle figure dans un article du magazine Challenges, publié le 14 janvier 2011, intitulé : « Biens mal acquis : le Gabon se constitue partie civile ».
Et ce n’est pas tout !
Le 1er juillet 2022, Omar-Denis Junior Bongo Ondimba comparaît devant la justice française dans le cadre d’une procédure concernant notamment deux biens immobiliers situés à Paris.
Le 26 juillet 2023, Yacine Queenie Bongo Ondimba fait également l’objet d’une mise en examen dans cette affaire. Elle conteste les faits qui lui sont reprochés.
Ces deux actes judiciaires interviennent sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba, avant le changement de régime du 30 août 2023.
Il est donc essentiel de rappeler que Brice Clotaire Oligui Nguema n’a ni engagé cette procédure judiciaire ni décidé de la constitution initiale de partie civile de l’État gabonais.
Pourquoi, dès lors, lui attribuer aujourd’hui la responsabilité d’une affaire dont les origines remontent à près de vingt ans ?
La question mérite d’être posée.
Les relations familiales sont une chose. Les responsabilités de l’État en sont une autre.
L’affaire des biens mal acquis concerne également des membres de la famille du président congolais Denis Sassou-Nguesso.
Mais une relation d’amitié entre deux chefs d’État ne doit pas être confondue avec les obligations institutionnelles de leurs pays respectifs.
La justice française conduit ses propres investigations. Ni le président gabonais ni le président congolais ne disposent du pouvoir de mettre personnellement fin à cette procédure.
De la même manière, les présidents français qui se sont succédé depuis Nicolas Sarkozy n’ont pas le pouvoir d’ordonner à un juge indépendant d’abandonner une enquête judiciaire.
Il faut également distinguer les poursuites engagées par la justice française de la participation de l’État gabonais à cette procédure. Les décisions prises récemment par les autorités gabonaises doivent être examinées séparément de celles intervenues sous les précédentes présidences.
Ce que l’histoire nous enseigne, c’est que cette affaire n’est pas née avec Oligui Nguema.
La procédure a été engagée bien avant son arrivée au pouvoir. L’État gabonais avait déjà entrepris des démarches judiciaires sous Ali Bongo Ondimba, et plusieurs membres de la famille Bongo étaient déjà concernés par les investigations françaises.
Ces faits sont documentés.
Avant de désigner des responsables, il convient donc de distinguer les décisions prises hier de celles prises aujourd’hui.
Car les responsabilités politiques ne se déterminent ni par les liens familiaux ni par les amitiés personnelles, mais à partir des actes et des décisions effectivement établis.
LE CITOYEN LAMBDA — Les faits ont une histoire. Respectons-la !

