Dans les couloirs feutrés de l’administration gabonaise, une réalité glaçante s’installe de plus en plus ouvertement : l’ascension professionnelle ne dépend plus toujours des compétences ou de l’ancienneté, mais souvent de la proximité intime avec un supérieur hiérarchique, parfois même avec des membres du gouvernement. Un système opaque et profondément injuste, où les relations sexuelles deviennent un raccourci vers les nominations stratégiques, au détriment du mérite et de l’éthique républicaine.
Ce phénomène, longtemps dénoncé à demi-mot, gagne en visibilité et alimente le découragement chez de nombreux cadres. « J’ai 18 ans de service, j’ai passé toutes les formations, j’ai dirigé des projets structurants… Mais à chaque fois qu’un poste s’ouvre, on le donne à une jeune recrue très proche d’un directeur ou d’un ministre », témoigne avec amertume Martin Essono, cadre supérieur de l’administration. « Récemment encore, j’ai été écarté d’une nomination au profit d’une jeune femme arrivée il y a à peine deux ans. Tout le monde sait pourquoi. C’est humiliant. »
Les conséquences de cette dérive sont multiples : démotivation du personnel, perte de confiance dans les institutions, baisse de performance des services publics. Pour de nombreux fonctionnaires, cette réalité traduit une forme de trahison de l’idéal républicain. La compétence, l’engagement, l’expérience semblent relégués au second plan dans un système où les codes de promotion sont biaisés.
Face à cette situation préoccupante, des voix s’élèvent pour réclamer une réforme en profondeur des procédures de recrutement et d’avancement. Car au-delà des cas individuels, c’est la crédibilité de l’État qui est en jeu. Si rien n’est fait, la fonction publique gabonaise risque de perdre définitivement sa vocation d’exemplarité et d’équité.
