Délestages au Gabon : entre aveu d’impuissance et écran de fumée ?

Depuis la fin de l’administration provisoire de la SEEG, les coupures d’électricité se sont multipliées à Libreville et dans plusieurs localités du pays. Black-out à répétition, nuits sans lumière, appareils électroménagers endommagés, activités économiques ralenties : la situation, loin d’être nouvelle, a ravivé l’agacement d’une population déjà éprouvée. Sauf que cette fois, un parfum de suspicion flotte dans l’air. Sur les plateaux de Gabon Première, le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, a évoqué, à demi-mots, de possibles « violences douces »… Entendez : des actes de sabotage.

Sans jamais le dire franchement, le membre du gouvernement laisse entendre que ces coupures seraient le fruit de manœuvres délibérées, intervenues curieusement quelques heures après l’annonce officielle de la fin de la tutelle provisoire de la SEEG. Une coïncidence troublante, selon ses propos, qui a justifié l’ouverture d’une enquête gouvernementale. Réunions de crise, consultations techniques, promesses de sanctions : le décor est posé, mais les preuves manquent. Et c’est justement ce vide que dénoncent de nombreux Gabonais, lassés d’un récit qu’ils jugent répétitif, voire instrumentalisé. Sur les réseaux sociaux, une partie de l’opinion ne mâche pas ses mots : parler de sabotage, c’est refuser d’assumer la réalité d’un système vétuste, mal entretenu et insuffisamment réformé.

Car au-delà des soupçons, la vérité est peut-être bien plus simple. Ce sont les mêmes équipements vieillissants, les transformateurs instables, les câbles fragiles, les stations sous-dimensionnées qui lâchent à la moindre intempérie. Ce sont aussi des décennies d’investissement à minima, de gouvernance approximative et de promesses non tenues. L’heure n’est donc plus aux accusations voilées mais à l’action concrète. Plutôt que de désigner d’éventuels saboteurs, il serait temps de dire, chiffres à l’appui, ce que la SEEG peut garantir aujourd’hui à ses usagers et dans quels délais. À l’épreuve du réel, ce que le pays attend n’est pas une énième polémique mais un courant stable, une eau potable, et des explications crédibles. Gouverner, c’est faire mieux, pas détourner le regard.

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