La mobilisation observée devant le tribunal pour soutenir un des leurs, dans l’affaire impliquant Siffon, interroge profondément. Non pas par l’expression d’une solidarité humaine — légitime en soi — mais par la nature et le lieu de cette mobilisation. Un tribunal n’est ni une arène politique, ni un espace communautaire. C’est le sanctuaire de la loi, où la justice doit s’exercer librement, sans pression, sans démonstration de force, sans tentative d’intimidation, quelle qu’en soit l’origine.
Ce qui choque, c’est le message envoyé : celui d’une communauté semblant se dresser, non pas pour défendre des principes, mais pour protéger un individu accusé de faits graves, au mépris de l’exigence de reddition des comptes. Comment comprendre qu’on se mobilise collectivement devant une juridiction, comme si la justice devait s’incliner devant l’appartenance ethnique ou sociale ? Une telle posture nourrit le sentiment d’un désordre organisé, où le pillage des ressources publiques serait excusable dès lors qu’il est commis par « un des nôtres ».
La question mérite d’être posée, sans détour : les milliards évoqués ont-ils profité à toute la communauté ? Évidemment non. Ils n’ont servi ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les quartiers, ni l’avenir collectif. Alors pourquoi cette défense communautaire aveugle ? En agissant ainsi, on ne protège pas une communauté : on l’expose, on l’associe à l’impunité, on l’enferme dans une logique dangereuse où l’identité prime sur la loi. Or, dans une République digne de ce nom, la justice ne juge ni des communautés, ni des origines. Elle juge des actes. Et elle doit pouvoir le faire, librement, sereinement, sans pression.

