Malgré les tentatives de réanimation politique en provenance de Brazzaville, une chose est claire : le Gabon a irrémédiablement tourné la page des Bongo. Le projet de Denis Sassou-Nguesso de repositionner son petit-fils, Omar-Denis Junior Bongo, dans l’arène politique gabonaise est un pari perdu d’avance. Ce que le président congolais semble ignorer, ou feint d’ignorer, c’est que le peuple gabonais, surtout sa jeunesse, a définitivement rejeté le système dynastique et clanique qui a dominé le pays pendant plus d’un demi-siècle.
Depuis le renversement d’Ali Bongo en août 2023, la transition menée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema a ouvert une brèche historique. Le Dialogue National Inclusif a confirmé la volonté du peuple : en finir avec le Parti Démocratique Gabonais (PDG) et ses figures historiques. C’est cette même structure politique qui a permis aux Bongo de régner sans partage pendant 56 ans. La proposer aujourd’hui à la jeunesse gabonaise, mieux informée, connectée et consciente de ses droits, serait comme tenter de vendre du charbon dans un désert.
Il est presque « logique », dans la continuité des régimes familiaux, que Denis Sassou-Nguesso tente de propulser son petit-fils dans la sphère politique du pays voisin. Mais ce calcul relève plus de la nostalgie que d’une lecture stratégique réaliste. L’environnement sociopolitique gabonais n’est plus ce qu’il était en 2009. Et dans 10 ans, il sera méconnaissable.
Le Gabon d’aujourd’hui n’est plus celui des années d’or du PDG. Le citoyen gabonais de demain, c’est un jeune qui a vu tomber les idoles d’hier, qui aspire à la transparence, à la rupture et à une nouvelle élite. Croire que l’on pourra « recycler » un Bongo, fût-il jeune, cosmopolite et bien conseillé, relève de la pure fiction politique.
Même au sein du PDG, les divisions sont profondes. Les querelles internes entre les anciens ministres et les partisans d’un retour d’Ali Bongo démontrent que ce parti est en phase terminale, incapable de se réinventer sans tomber dans l’auto-parodie.
Et soyons clairs : aucun plan de restauration familiale ne pourra résister à la pression populaire actuelle. Ni les bénédictions congolaises, ni les alliances tribales, ni les jeux d’influence. L’Histoire ne marche pas à reculons.
La nouvelle génération gabonaise, qui n’a connu que la fin de règne des Bongo et l’humiliation d’un pays appauvri par la prédation familiale, ne tolérera plus jamais un Bongo, ni même un PDGiste à la tête du pays. Pas même à la tête d’un parti.
Elle veut des institutions fortes, une gouvernance propre, et des leaders issus du peuple. Toute tentative de retour à l’ordre ancien ne sera vue que comme une insulte à l’intelligence collective.
Qu’on se le dise à Brazzaville, Londres ou Libreville, le Gabon de demain se fera sans les Bongo, sans le PDG, et sans les fantômes du passé. Il est temps de respecter cette volonté souveraine.
