Depuis l’entrée fracassante d’Henri-Claude Oyima au sein du premier gouvernement de la cinquième République gabonaise, où il occupe désormais les fonctions stratégiques de Ministre d’État, Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, en charge de la Lutte contre la Vie chère, le grand jeu des pronostics est lancé au sein de la place bancaire d’Afrique centrale. Qui prendra la tête du tentaculaire groupe BGFIBank, bras financier de tout un continent, que dirige Oyima depuis plus de trois décennies ?
Une succession stratégique
Selon plusieurs sources internes et relais médiatiques spécialisés, une poignée de prétendants se détachent déjà, parmi lesquels Yann Franck Koubdje fait figure de favori naturel. Ancien patron du Trésor Public, aujourd’hui Administrateur du Gabon à la BEAC, ce technocrate discret et efficace incarne la rigueur et la compétence. Sa proximité avec le Président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’il conseille étroitement sur les questions économiques et financières, en fait un profil idéal pour piloter BGFI dans un contexte de mutation.
Mais cette même proximité pourrait aussi l’écarter de la course : le Chef de l’État aurait besoin de Yann Koubdje à ses côtés à la Présidence, au cœur de l’action gouvernementale, là où les arbitrages économiques majeurs sont désormais pris. Une présence indispensable à l’heure de la refondation des finances publiques du pays.
Libizangomo, Oyini, Ndjebi… la piste interne
Parmi les autres noms qui reviennent avec insistance, Ismaël Libizangomo, actuel directeur général de BGFI Capital, filiale de banque d’affaires du groupe, est un autre proche du pouvoir. Technicien reconnu, il maîtrise parfaitement les leviers de la structuration financière et jouit d’une réputation solide au sein du groupe.
Autre figure de poids : Huguette Oyini, Directrice Générale Adjointe, pilier de la gouvernance de BGFI, et Dimitri Ndjebi, patron de la filiale gabonaise depuis 2023, connu pour sa connaissance opérationnelle des rouages internes de la banque, après être passé par les directions du Crédit et de l’Exploitation.
Des outsiders crédibles : Ondias et Bula
À l’extérieur du groupe mais bien implanté dans l’écosystème financier gabonais, Ismaël Ondias, cadre de l’administration centrale, fait figure d’alternative sérieuse. Fin stratège, respecté pour sa connaissance du secteur public et de ses articulations avec le monde bancaire, son profil « technocrate » rassure.
Mais le véritable outsider de luxe pourrait bien être Alain Fazili Bula. Gabonais d’origine, il dirige actuellement la Banque de Financement des Investissements de BGFI RDC. Fort d’une solide expérience internationale, notamment au sein de Citibank aux États-Unis et au Gabon, Bula combine vision stratégique, maîtrise des enjeux transnationaux et fidélité au groupe. Son nom est de plus en plus cité dans les hautes sphères, notamment chez certains actionnaires désireux de donner un souffle nouveau à l’expansion africaine de BGFI.
Le retour improbable de Brice Laccruche Alihanga ?
Enfin, un nom que personne n’attendait véritablement ressurgit : celui de Brice Laccruche Alihanga, ancien tout-puissant directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, mais aussi ancien cadre dirigeant de BGFI. Bien que sa carrière politique ait été brutalement interrompue, il reste un fin connaisseur de la structure. Son retour, bien que controversé, n’est pas totalement exclu, à condition que le contexte politique lui soit favorable.
L’ombre du fondateur
Si le poste de PDG de BGFI semble désormais vacant, Henri-Claude Oyima, en stratège, n’a sans doute pas dit son dernier mot. Son influence, sa capacité de projection et sa connaissance des enjeux internes laissent à penser qu’il aura un rôle déterminant dans le choix de son successeur.
La bataille pour la succession s’annonce donc rude, stratégique, et très politique. Au cœur de l’enjeu : le contrôle d’un empire financier incontournable en Afrique centrale, dont la direction pèsera lourd dans l’orientation économique du Gabon et de la sous-région.
