Derrière les gyrophares, les vitres teintées et les cortèges officiels, se cache une dérive silencieuse mais coûteuse : l’usage abusif des véhicules de fonction par certains chauffeurs affectés aux membres du Gouvernement, aux présidents d’institutions et aux directeurs généraux. Une pratique banalisée, choquante et indigne de l’exigence de rigueur prônée au sommet de l’État.
Lors des cérémonies officielles, le spectacle est désormais tristement banal. Pendant que les autorités assistent à des événements parfois longs, le chauffeur reste dans le véhicule, moteur allumé, climatisation à fond, parfois pendant deux ou trois heures. Une consommation inutile de carburant, une usure prématurée du véhicule et un mépris assumé des règles élémentaires de gestion des biens publics. À l’heure où l’on demande des efforts à l’administration et à la population, ces comportements interrogent et indignent.
Mais le plus grave se passe loin des caméras. Certains chauffeurs transforment le véhicule de fonction de leur supérieur hiérarchique en moyen de promenade personnelle. Balades dans les quartiers pour « craner » ou « blaser », virées nocturnes, passages chez les détaillants communément appelés maliens pour faire des courses privées, le tout aux frais de l’État. Plus choquant encore, un chauffeur d’un membre du Gouvernement s’est permis de faire monter sa petite amie à bord du véhicule officiel, sillonnant son quartier du Charbonnage comme s’il s’agissait d’un bien personnel. Le nom du responsable est volontairement tu, mais les faits sont réels, connus et répétés.
Ces dérives ne sont pas anecdotiques. Elles traduisent un relâchement grave de l’autorité, une absence de contrôle et une culture de l’impunité qui s’installe à la base de l’appareil d’État. Chaque litre de carburant gaspillé, chaque véhicule prématurément envoyé au garage ou au lavage pour masquer les abus, ce sont des ressources publiques dilapidées dans un pays où chaque franc devrait compter.
À l’heure où les plus hautes autorités prônent la rigueur, l’exemplarité et la rupture avec les vieilles pratiques, cette situation appelle une réaction ferme. Les véhicules de fonction ne sont ni des trophées sociaux ni des outils de distraction. Ils sont des instruments de travail au service de la République. Tolérer ces abus, c’est accepter que l’État soit tourné en dérision par ceux-là mêmes qui sont censés le servir.

