Il faut parfois une bonne dose de courage politique pour engager les réformes que tout le monde appelle de ses vœux, mais que peu osent réellement entreprendre. En s’attaquant à la refonte du Statut général de la Fonction publique et du Statut général des fonctionnaires, Madame Laurence NDONG vient d’inscrire son action dans cette catégorie de réformes structurantes qui marquent durablement l’histoire administrative d’un pays.
Pendant plus de vingt ans, ces textes ont encadré la vie professionnelle de milliers d’agents publics. Les revoir en profondeur n’était ni une obligation de confort ni un simple exercice juridique. C’était une nécessité, rendue encore plus impérieuse par l’entrée en vigueur de la Constitution de la Cinquième République voulue par le Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema. Il fallait désormais mettre en cohérence les fondements de la Fonction publique avec la nouvelle architecture institutionnelle du Gabon.
Mais ce qui mérite d’être salué ne réside pas uniquement dans la réforme elle-même. C’est aussi la méthode retenue. Là où beaucoup auraient privilégié un travail restreint à quelques spécialistes, la Ministre de la Fonction publique a fait le choix d’une concertation inédite. Vingt-neuf administrations, la Présidence de la République, le Secrétariat général du Gouvernement, les institutions parlementaires et plus de cent dix experts ont été associés à l’élaboration de ces projets de loi. Rarement l’administration gabonaise aura été appelée à construire elle-même, dans un esprit de responsabilité, les textes qui régiront son avenir.
Cette démarche mérite d’être soulignée, car elle traduit une conviction simple : les grandes réformes gagnent en solidité lorsqu’elles sont le fruit de l’intelligence collective plutôt que de décisions élaborées en vase clos.
L’autre avancée majeure réside dans la philosophie qui sous-tend ces futurs textes. Pendant longtemps, certaines pratiques ont entretenu le sentiment que la progression dans la carrière relevait davantage de mécanismes automatiques que de l’investissement professionnel. À terme, un agent pouvait continuer à évoluer indépendamment de la qualité de son engagement ou de sa contribution effective au service public. Une telle logique affaiblit inévitablement la culture de la performance et peut démotiver celles et ceux qui accomplissent leur mission avec rigueur.
Les nouveaux projets de loi ouvrent une autre perspective : celle d’une Fonction publique où le mérite, la performance, l’engagement professionnel et le sens du service public occupent une place plus importante dans l’évolution de carrière. Il ne s’agit pas de remettre en cause les droits des agents publics, mais de mieux reconnaître celles et ceux qui servent l’État avec compétence, assiduité et exemplarité. Cette évolution répond à une attente ancienne de nombreux fonctionnaires convaincus que l’excellence doit être encouragée et valorisée.
Il convient également de saluer la maturité dont a fait preuve l’administration gabonaise tout au long de cet atelier. Les débats ont parfois été nourris, les analyses parfois divergentes, mais chacun a su privilégier l’intérêt général. Malgré les interrogations, les réserves ou les critiques qui accompagnent inévitablement toute réforme d’envergure, les experts ont choisi de travailler avec méthode, responsabilité et patriotisme. Ils ont démontré que la réforme de l’État ne peut se construire ni sur les rumeurs, ni sur les procès d’intention, mais sur l’expertise, le dialogue et la recherche de solutions durables.
L’atelier de validation n’était pas une fin en soi. Il constitue la première grande étape d’un processus qui conduira les projets de loi devant le Secrétariat général du Gouvernement, le Conseil d’État, le Conseil des ministres, le Conseil économique, social, environnemental et culturel, puis devant le Parlement. Ce parcours permettra d’enrichir encore les textes avant leur adoption définitive.
En acceptant d’ouvrir ce chantier, Madame Laurence NDONG a pris un risque politique que peu auraient assumé. Les réformes qui touchent au statut des agents publics sont parmi les plus sensibles. Elles suscitent des attentes, des inquiétudes et parfois des oppositions. Pourtant, l’histoire montre que les administrations qui progressent sont celles qui savent adapter leurs règles aux exigences de leur époque.
Le Gabon entre dans une nouvelle étape de son histoire institutionnelle. Si ces projets de loi aboutissent, ils ne seront pas seulement de nouveaux textes. Ils incarneront une nouvelle conception de la Fonction publique : une administration où le mérite est davantage reconnu, où la responsabilité est mieux valorisée et où le service du citoyen demeure la finalité première de l’action publique. C’est sans doute là la véritable ambition de cette réforme.

