Entre interrogations sur la gouvernance, malaise social et attentes des opérateurs économiques, la gestion du ministère des Mines et des Ressources géologiques suscite de plus en plus de questions. Dans un secteur appelé à jouer un rôle majeur dans la diversification de l’économie gabonaise, l’heure ne peut plus être aux discours : les résultats doivent être visibles.
Le secteur minier est présenté depuis plusieurs années comme l’un des principaux leviers de diversification de l’économie gabonaise. À l’heure où le Président de la République entend accélérer la transformation locale des matières premières, attirer les investissements et créer davantage d’emplois, le ministère chargé des Mines devrait logiquement être l’un des moteurs de cette nouvelle ambition économique.
Pourtant, depuis l’arrivée de Sosthène Nguema à la tête de ce département ministériel, des interrogations se font de plus en plus entendre sur sa gouvernance et, surtout, sur les résultats concrets obtenus.
Des opérateurs qui attendent des réponses
Dans les milieux économiques gravitant autour du secteur minier, les critiques portent notamment sur les rapports entre l’administration et certains opérateurs.
Des accusations particulièrement graves circulent, faisant état de sollicitations financières, de commissions ou encore d’une trop grande proximité entre gestion des affaires publiques et intérêts privés. De telles affirmations ne peuvent évidemment être considérées comme établies sans preuves. Mais leur gravité impose précisément qu’elles ne soient ni banalisées ni ignorées.
Si ces accusations sont infondées, le ministre doit pouvoir les réfuter clairement. Si des opérateurs disposent d’éléments matériels permettant de les étayer, les institutions compétentes doivent pouvoir s’en saisir.
Car le doute permanent est lui-même préjudiciable à un secteur qui a besoin de transparence, de prévisibilité et de confiance pour attirer des investisseurs sérieux.
Beaucoup de déplacements, mais quels résultats ?
Depuis sa prise de fonction, le ministre a multiplié les rencontres, déclarations et déplacements, notamment à l’étranger.
Mais une question demeure : quels résultats mesurables pour le Gabon ?
Quels investissements nouveaux ont effectivement été sécurisés ? Quels projets structurants ont été débloqués ? Combien d’emplois ont été créés ? Quelles avancées ont été obtenues en matière de transformation locale ? Quelles recettes supplémentaires ces différentes initiatives ont-elles générées pour l’État ?
Les missions internationales ne peuvent constituer une politique publique à elles seules.
Elles doivent déboucher sur des partenariats, des investissements, des transferts de compétences, des implantations industrielles et, finalement, sur une amélioration concrète de la contribution du secteur minier à l’économie nationale.
Des interrogations circulent également sur le coût et l’utilité de certains déplacements ainsi que sur l’utilisation des moyens du ministère. Là encore, plutôt que de laisser prospérer les soupçons, la transparence constitue la meilleure réponse : publication des objectifs des missions, composition des délégations, coûts engagés et résultats obtenus.
Un malaise qui gagnerait également l’administration
À ces interrogations s’ajoute le malaise rapporté au sein même du ministère.
Des agents et partenaires sociaux se plaignent notamment de difficultés relatives au paiement de certaines primes et avantages. Si cette situation est confirmée, elle mérite une réponse rapide de la tutelle.
Comment demander à une administration d’être performante lorsque ceux qui la font fonctionner quotidiennement ont le sentiment que leurs préoccupations ne sont plus entendues ?
Le dialogue social ne doit pas devenir une formalité. Un ministère stratégique a besoin d’agents mobilisés, considérés et associés à la transformation de leur administration.
La gouvernance ne peut être un simple slogan
C’est finalement la question essentielle.
Le Président de la République a placé la gouvernance, la responsabilité publique et l’efficacité de l’action gouvernementale parmi les exigences de son action.
Chaque membre du Gouvernement devrait donc pouvoir être évalué sur des critères simples : qu’a-t-il concrètement changé depuis sa nomination ? Quels résultats peut-il présenter aux Gabonais ? Quelle valeur son action a-t-elle créée pour le pays ?
Le ministère des Mines ne saurait échapper à cette exigence.
Le Gabon possède d’importantes ressources naturelles. Dans une économie qui cherche précisément à réduire sa dépendance au pétrole, leur valorisation doit devenir une priorité nationale. Cela suppose une administration transparente, des procédures lisibles, une relation saine avec les investisseurs et une stratégie capable de transformer les richesses du sous-sol en emplois, en industries et en recettes pour l’État.
Monsieur le Ministre, il faut désormais répondre
Les accusations qui circulent sont trop sérieuses pour être traitées par le silence.
Le ministre Sosthène Nguema gagnerait donc à répondre publiquement aux préoccupations exprimées, à présenter son bilan, à expliquer l’utilisation des moyens consacrés aux missions et à rassurer aussi bien les opérateurs économiques que les agents de son département.
Et s’il existe réellement des soupçons documentés de pratiques contraires à la bonne gouvernance, un contrôle ou un audit indépendant permettrait d’établir les faits et les responsabilités, plutôt que de laisser prospérer rumeurs et accusations.
Le Président de la République porte une ambition économique considérable. Sa réussite dépend nécessairement de la capacité des membres du Gouvernement à traduire cette vision en résultats.
Le Gabon n’a plus le luxe de perdre du temps.
Dans un ministère censé contribuer directement à la relance, à la diversification et à l’industrialisation de l’économie nationale, les Gabonais sont en droit de demander : que se passe-t-il réellement au ministère des Mines et des Ressources géologiques ?
Et surtout : où sont les résultats ?

