Ministère de la Santé : des nominations qui interrogent sérieusement la maîtrise des ressources humaines

Les mesures individuelles prononcées au ministère de la Santé lors du Conseil des ministres du 18 septembre 2026 étaient attendues. Sur le papier, médecins, administrateurs de santé, cadres paramédicaux et autres profils administratifs se partagent les responsabilités. Le communiqué officiel confirme effectivement une importante vague de nominations à tous les niveaux de l’administration sanitaire.

Mais derrière cet apparent équilibre se posent des questions beaucoup plus embarrassantes : sur quelles bases les profils ont-ils réellement été vérifiés avant d’être proposés à la nomination ? Les grades, corps, qualifications et parcours administratifs des intéressés ont-ils été systématiquement confrontés aux emplois auxquels ils étaient destinés ?

Car lorsqu’un ministre ne maîtrise pas suffisamment la cartographie de ses propres ressources humaines, ce n’est plus une simple question de casting administratif. C’est la capacité même à piloter efficacement un département aussi sensible que celui de la Santé qui finit par être interrogée.

Des « administrateurs de santé » qui font débat

Le communiqué officiel présente notamment Marie-Paulette Nguema Abaga, nommée Directrice régionale de Santé Nord, Rosine Muniyevi, nommée Directrice du Centre national de Gériatrie/Gérontologie, Dominique Ayingone Obiang épouse Nguema, nommée Directrice de la Santé familiale, et Véronique Bitome épouse Ozouaki, nommée DRH du Centre hospitalier Mère et Enfant Fondation Jeanne Ebori, comme « administrateurs de santé ».

Or, des interrogations circulent précisément sur la concordance entre cette qualification et le parcours administratif réel de certains bénéficiaires. Ces interrogations méritent mieux qu’un silence.

Si des personnes présentées officiellement comme administrateurs de santé ne disposent effectivement pas du cursus, du corps ou des actes administratifs leur conférant cette qualité, il faudrait expliquer publiquement sur quelle base cette appellation a été retenue. À l’inverse, si leur situation administrative est parfaitement régulière, le ministère gagnerait à produire les éléments permettant de lever définitivement toute ambiguïté.

Une administration sérieuse ne devrait pas avoir à bricoler les profils pour faire correspondre les personnes aux postes. Elle devrait choisir les personnes dont le profil correspond aux fonctions.

Quand la catégorie administrative devient elle aussi une question

Autre cas : Estelle Cordy Massounga. Le communiqué du Conseil des ministres la présente comme « attachée d’administration sanitaire » et la nomme Directrice des ressources humaines au sein de la région sanitaire Centre-Sud.

Des réserves sont émises sur la compatibilité entre sa catégorie administrative et le niveau de responsabilité qui lui est confié, ainsi que sur les conséquences éventuelles en matière d’indemnités de fonction. Ces affirmations nécessitent une vérification au regard des textes applicables et de son dossier administratif.

Mais le simple fait que ces questions apparaissent après les nominations révèle déjà un problème de méthode : la Direction centrale des ressources humaines et le cabinet du ministre ont-ils procédé à un contrôle exhaustif des grades, catégories et conditions statutaires avant de soumettre les propositions ?

C’est précisément à cela que doit servir une gestion prévisionnelle et rigoureuse des ressources humaines.

Des équilibres qui suscitent également des interrogations

La composition de cette vague de nominations alimente par ailleurs un débat sur la répartition des responsabilités entre les différents viviers de cadres du secteur.

Le Conseil des ministres a notamment nommé Richard Obame à la Direction générale du CHU d’Owendo, Hubert Ondo Ondo à la tête du CHR d’Oyem, Emmanuel Badho Mengome Abiagha à celle du CHR de Makokou, ainsi que plusieurs administrateurs de santé à des fonctions financières et administratives importantes.

Certains observateurs dénoncent une concentration de responsabilités entre des cadres provenant des mêmes espaces géographiques ou appartenant à certains réseaux. Une telle lecture ne peut cependant être considérée comme établie sur la seule base des lieux d’origine supposés : elle doit être documentée.

Même prudence concernant le cas du Pr Marielle Igala et du nouveau Directeur général du CHR de Ntchengué, Idriss Igala. Le Pr Marielle Igala avait été nommée Directrice générale du Centre national de Transfusion sanguine en février 2026, tandis que le communiqué du 18 septembre confirme Idriss Igala à la tête du CHR de Ntchengué. L’existence d’un lien familial entre les deux, évoquée dans certaines critiques, doit être établie avant d’en tirer une quelconque conclusion.

C’est justement au ministère de répondre par la transparence plutôt que de laisser prospérer les soupçons.

Des cadres sortent, des postes restent sans titulaires

La vague du 18 septembre soulève aussi la question du sort réservé à certains responsables précédemment en fonction.

Le communiqué nomme Joslin Mahoumbou à la Direction régionale de Santé Libreville-Owendo-Akanda et Anne-Laure Mapangou épouse Osse à la Direction générale du CHR Benjamin Ngoumbou de Tchibanga. Le devenir professionnel du Dr Yembit Yembit, précédemment cité dans la gestion de la région sanitaire de Libreville-Owendo-Akanda, mérite donc d’être clarifié plutôt que de conclure sans document qu’il aurait été « mis au chômage ».

Plus curieux encore : à Makokou, Charles Ekwaghe N’Na est nommé Directeur des affaires financières du CHR Omar Bongo Ondimba, mais le communiqué du 18 septembre ne mentionne pas de nomination au poste de Directeur des ressources humaines de cet établissement.

Simple omission ? Poste volontairement laissé vacant ? Nomination différée ? Là encore, le ministère devrait expliquer.

Et pendant ce temps, les affaires juridiques ?

La situation devient davantage préoccupante lorsqu’on regarde l’administration centrale.

Le Dr Lauvien Rick Engouang Mezang est nommé Directeur général des Établissements de Santé. Son parcours antérieur ne saurait, à lui seul, permettre de conclure à son aptitude ou à son inaptitude ; celle-ci doit s’apprécier sur des éléments professionnels objectifs.

En revanche, une autre question est parfaitement légitime : pourquoi une vague aussi importante de nominations ne pourvoit-elle pas certaines fonctions stratégiques, notamment la Direction centrale des Affaires juridiques ?

Cette interrogation est d’autant plus importante que la réforme adoptée en janvier 2026 confie précisément aux Directions centrales des Affaires juridiques l’élaboration et la sécurisation des textes, la gestion du contentieux, la veille juridique et l’accompagnement réglementaire des ministères.

Comment conduire durablement une réforme du système sanitaire sans une fonction juridique pleinement opérationnelle ?

La Santé ne peut pas être gérée à l’approximation

Le problème posé par ces nominations dépasse donc largement les personnes nommées. Il concerne la méthode de gouvernance des ressources humaines.

Un ministère de la Santé ne se pilote pas comme un simple tableau de nominations où il suffirait d’aligner des noms devant des fonctions. Derrière chaque poste existent un corps, un grade, une qualification, une expérience professionnelle, des textes réglementaires et des responsabilités précises.

Avant de proposer une nomination, une autorité de tutelle devrait pouvoir répondre à des questions élémentaires : Qui est cet agent ? Quel est son corps ? Quel est son grade ? Quelle est sa formation ? Quel est son parcours ? Remplit-il les conditions du poste ? Quel cadre compétent remplace-t-il et pourquoi ?

Lorsque ces questions surgissent publiquement après le Conseil des ministres, c’est que quelque chose mérite d’être revu dans la chaîne de préparation des nominations.

Le ministère de la Santé gagnerait donc à publier ou à clarifier les critères ayant présidé à ces choix et, surtout, à vérifier les situations administratives qui font aujourd’hui l’objet de contestations.

Parce qu’avant de prétendre administrer le système de santé d’un pays, encore faut-il connaître, maîtriser et valoriser correctement les femmes et les hommes qui constituent son administration.

Et sur ce terrain, les nominations du 18 septembre laissent suffisamment de zones d’ombre pour justifier des explications.

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