Il voulait remettre la question du chômage au centre de l’actualité. Il y est parvenu. Mais peut-être pas de la manière espérée. Joel Yannick Nguema Ellang, président du Mouvement des Chômeurs du Gabon, doit désormais répondre à des interrogations qui concernent moins ses déclarations devant les administrations que sa propre gestion et la crédibilité du mouvement qu’il prétend incarner.
Première curiosité : selon les informations dont nous disposons, l’homme qui s’est érigé en porte-voix de nombreux jeunes diplômés sans emploi ne disposerait lui-même d’aucun diplôme connu. Ne pas avoir de diplôme n’est évidemment ni une faute ni une honte. Mais lorsque l’on prétend parler au nom de diplômés qui réclament leur insertion professionnelle, la question de la représentativité mérite au moins d’être posée. Quel est le parcours académique et professionnel de Joel Yannick Nguema Ellang ? À quel titre parle-t-il au nom de milliers de demandeurs d’emploi ? Voilà des réponses simples qu’il pourrait apporter au lieu de transformer chaque revendication en démonstration de rue.
Mais la question la plus importante est ailleurs. Le Mouvement des Chômeurs du Gabon avait été reçu à la Présidence de la République. À cette occasion, une enveloppe de 60 millions de FCFA aurait été accordée pour soutenir des initiatives entrepreneuriales, dans une logique claire : l’État ne peut absorber tous les demandeurs d’emploi dans la Fonction publique et le secteur privé doit également devenir un puissant moteur d’insertion et de création de richesses. Dès lors, une question s’impose : qu’est devenue cette enveloppe ? Combien d’entreprises ont effectivement été créées ? Combien de jeunes ont été accompagnés ? Combien d’emplois ont vu le jour ? Si la réponse est zéro, alors le président du mouvement doit expliquer publiquement l’utilisation qui a été faite de ces fonds.
Plus préoccupant encore, des accusations circulent désormais sur de supposées sommes réclamées à certains demandeurs d’emploi en échange de promesses d’intégration dans la Fonction publique. Jannine Bokoundou Koumba, présentée comme titulaire d’une licence en management des organisations, affirme avoir remis 800 000 FCFA à Joel Yannick Nguema Ellang contre la promesse d’une intégration au ministère de l’Éducation. Il s’agit, à ce stade, d’une accusation qui doit être étayée et sur laquelle l’intéressé doit pouvoir répondre. Mais si ce témoignage est authentique, il mérite surtout d’être porté devant les autorités compétentes afin que les faits soient vérifiés et les responsabilités éventuellement établies.
C’est précisément là que la dernière mobilisation devant le ministère de la Fonction publique interroge. S’agit-il réellement de défendre les chômeurs gabonais ou de créer un rapport de force dans l’espoir d’obtenir une nouvelle audience et de nouveaux avantages ? La revendication sociale est légitime. Le chantage, lui, ne peut devenir une méthode de négociation avec l’État. Sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, la réponse au chômage ne saurait se résumer à distribuer des postes administratifs ou des enveloppes au plus bruyant. Elle doit passer par des mécanismes transparents, l’entrepreneuriat, la formation, le mérite et la création d’emplois durables.
Joel Yannick Nguema Ellang voulait donc attirer les projecteurs. Ils sont désormais braqués sur lui. Et plutôt que les invectives ou une nouvelle agitation, il existe une manière très simple de dissiper les soupçons : publier le bilan détaillé de l’utilisation des 60 millions de FCFA, présenter les entreprises éventuellement créées, leurs bénéficiaires et les emplois générés, puis répondre clairement aux accusations relatives aux 800 000 FCFA. Le chômage des Gabonais est une question trop sérieuse pour devenir le fonds de commerce de qui que ce soit.

