La récente nomination de Régis Massiba à la tête de Gabon Télévision continue de susciter de nombreuses réactions au sein de l’opinion.
Sur les réseaux sociaux, les débats sont particulièrement vifs. Entre soutiens assumés, critiques acerbes et attaques personnelles, un constat saute aux yeux : au Gabon, le débat public bascule très rapidement de l’analyse des compétences vers le règlement de comptes politique.
Et c’est justement là que se trouve le véritable sujet.
Au fond, la question dépasse largement le cas de Régis Massiba.
La vraie question est la suivante : au Gabon, sommes-nous encore capables de juger une personne sur ses compétences, son expérience et son parcours, indépendamment de son image politique ?
Car aujourd’hui, dès qu’une nomination intervient, le schéma semble toujours le même.
Avant même de parler du CV, de l’expérience ou de la vision du concerné, une autre question surgit immédiatement :
Il est avec qui ?
Il appartient à quel camp ?
Il soutient qui ?
Et bien souvent, tout le débat se résume à cela.
Dans le cas de Régis Massiba, les critiques semblent moins porter sur son parcours professionnel dans les médias que sur ce qu’il représente politiquement aux yeux d’une partie de l’opinion.
Pourtant, qu’on l’apprécie ou non, difficile de nier qu’il a marqué le paysage audiovisuel gabonais pendant plusieurs décennies. Régis Massiba fait partie de ces figures médiatiques connues de plusieurs générations de Gabonais. Son parcours dans les médias est réel. Son expérience aussi.
Cela veut-il dire qu’il ne doit pas être critiqué ?
Absolument pas.
Dans une démocratie, toute nomination publique peut être discutée, questionnée, analysée, voire contestée.
Mais il y a une différence entre critiquer une nomination… et vouloir effacer totalement le parcours d’un homme à cause de ses opinions ou de son image politique.
C’est précisément cette confusion qui interroge.
Au Gabon, nous semblons de plus en plus juger les individus non pas sur leur capacité à produire des résultats, mais sur l’étiquette politique qu’on leur colle.
Si une personne est perçue comme étant du “bon côté”, ses compétences sont mises en avant.
Si elle est perçue comme étant du “mauvais côté”, tout son parcours devient soudainement sans valeur.
Cette manière de voir les choses pose un vrai problème.
Car à force de tout ramener à la politique, nous risquons de créer une société où la compétence, l’expérience et le mérite passent au second plan.
Et à terme, c’est le pays tout entier qui en paie le prix.
Le cas Régis Massiba doit donc nous pousser à une réflexion plus large sur la qualité de notre débat public.
Sommes-nous encore capables de critiquer des idées sans détruire des individus ?
Sommes-nous encore capables de reconnaître les compétences d’une personne tout en étant en désaccord avec ses positions politiques ?
Ce débat mérite d’être posé avec honnêteté.
Car le vrai progrès d’une nation ne se mesure pas uniquement à ses infrastructures ou à ses ambitions économiques.
Il se mesure aussi à sa capacité à débattre avec intelligence, avec nuance… et avec maturité.

